Cicely Saunders, pionnière des soins palliatifs au Royaume-Uni

 

Cicely Mary Strode Saunders est née à Barnet, Hertfordshire, en 1918, l'aînée de trois enfants, dans une famille aisée mais sans joie. Elle étudie la politique, la philosophie et l'économie au St Anne's College, Oxford, avant de s'engager comme élève infirmière au St Thomas' Hospital en 1944, contre l'avis de ses parents. Cependant, elle est obligée de quitter ses fonctions d'infirmière à cause d'une scoliose qui l'a fait souffrir depuis l'enfance. Elle retourne à Oxford où elle obtient un diplôme de travailleur social, ce qu'on appellera une femme aumônier, en 1947. C'est à cette époque qu'elle trouve la foi.

 

 

 

Un an plus tard, au cours de son travail en tant qu'aumônier à l'Archway Hospital, elle prend soin d'un émigré juif polonais mourant, David Tasma. Entre eux, une relation spirituelle forte et intense se noue et ils discutent ensemble de l'idée d'une maison où les mourants puissent trouver la paix dans leurs derniers jours. David lui donne 500 £ pour concrétiser le projet et lui dit : « I'll be a window in your home ». Depuis, le St Christopher's Hospice possède une fenêtre dédiée à David.

 

 

La mort de David coïncide avec la mort du père de Cicely, ce qui la plonge dans un deuil pathologique. Pour réaliser le souhait qui la lie à David, elle ajoute à son travail d'aumônier un temps de bénévolat religieux au St Luke's Hospital dans le nord de Londres. Cicely souhaite travailler en étroite collaboration avec les patients. Son médecin orthopédique, qu'elle voit pour ses problèmes de dos, lui conseille de faire médecine. Pour lui, les patients n'écoutent pas les infirmières et si elle veut mieux aider les mourants, elle doit devenir médecin. Elle est acceptée en tant qu'étudiante en médecine au St Thomas' Hospital à l'âge de 33 ans. Les autres étudiants font peu d'efforts pour l'inclure dans la promotion du fait de son âge. Cependant, elle impressionne ses professeurs grâce à sa maturité émotionnelle.

 

 

En 1958, peu de temps après avoir été diplômée, elle écrit un article arguant une nouvelle approche de la fin de vie. Elle y écrit qu'il semble que beaucoup de patients se sentent abandonnés par leur médecin à la fin de leur vie. Idéalement, le médecin devra rester le centre de l'équipe soignante pour apporter espoir et consolation aux patients en fin de vie.

 

 

Après son diplôme de médecin, elle obtient un diplôme de recherche au St Mary's Hospital de Paddington, où elle a étudié la gestion de la douleur dans la maladie incurable, et, en même temps, elle travaille au St Joseph's Hospital, un établissement pour les mourants pauvres de Baywater, dirigé par des nonnes. Là, elle utilise son savoir médical et les données de ses recherches pour aider les nonnes à améliorer leurs standards de soins. Elle écrit six articles sur le soin des mourants dans Nursing Times en 1959 qui seront favorablement revus dans le Lancet.

 

 

Au St Joseph's Hospital, elle introduit le système de contrôle de la douleur qu'elle a développé au St Luke's Hospital. Il est basé sur le principe qu'une douleur constante nécessite un contrôle constant. Ce système permet de réduire l'anxiété et la peur des patients et ainsi, réduire la douleur et son soulagement.

 
 

En 1960, elle rencontre Antoni Michniewicz au St Joseph's Hospital. Il est le second des trois Polonais qui influenceront sa vie. Là encore, se noue entre eux une relation spirituelle étroite. A la même époque, elle se consacre à son projet de structure dédiée aux soins palliatifs. Elle se documente beaucoup sur la mort et les mourants, et est impressionnée par la vision du sujet d'Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) qui décrit 5 stades psychologiques chez les mourants : colère, déni, marchandage, dépression et acceptation. A la fin de 1959, elle a dressé un projet en 10 pages qu'elle distribue à ses amis. Il décrit la structure et l'organisation d'un hôpital de soins palliatifs de 60 lits.

 
 

Elle nomme cette structure d'après St Christophe, saint patron des voyageurs, et voulait initialement qu'elle soit un établissement de l'Eglise anglicane. Cependant, plusieurs donateurs la convainquent d'accueillir toutes les confessions, donc elle change le projet en un établissement à vocation à être « une fondation religieuse à caractère ouvert ».

 

 

En 1963, trois ans après la mort d'Antoni Michniewicz, Cicely Saunders rencontre un autre polonais qui deviendra son mari. Marian Bohusz-Szyszko était un peintre émigré dont Cicely Saunders admire le travail. Ils se marient en 1980, elle a 61 ans, lui 79. C'est la même année qu'elle devient Dame.

 

 

Marian meurt en 1995 au St Christopher's Hospice où il a passé les derniers jours de sa vie. Dame Cicely Saunders démissionne de son poste de directrice médicale du St Christopher's Hospice en 1985, mais garde son titre de présidente. Elle reçoit de nombreuses récompenses à travers le monde. Elle s'est éteinte au St Christopher's Hospice en 2005, où elle continuait de travailler même sur son lit de mort.

 

 

Bibliographie

 
 

Plus de références

 

Caroline Tête, documentaliste au CNDR Soin Palliatif