La conservation des corps selon les religions

Histoire de la conservation des corps (ou embaumement)

 

Le terme "embaumement" est dérivé de l'expression latine in balsamum qui signifie, déposer dans le baume, c'est-à-dire conserver à l'aide de résine.

 

Depuis des siècles, l'Homme tente, pour différentes raisons, de préserver le corps humain de la décomposition et cherche continuellement à inventer de nouvelles techniques de préservation des défunts et à les perfectionner. C'est ainsi qu'on reconnaît trois grandes périodes historiques dans la pratique de l'embaumement.

 

La première, la période égyptienne, prend naissance vers l'an 6 000 avant Jésus Christ et prend fin vers l'an 600 de notre ère, à la fin de l'Empire romain. La seconde, la période des anatomistes ou période médiévale, correspond au renouveau de l'embaumement dont l'Europe est l'avant-scène ; cette période s'étend de 600 à 1850 et se distingue par le fait que les embaumements sont alors pratiqués à des fins de recherche. Enfin, il y a la période moderne qui chevauche les trois derniers siècles, de 1850 à aujourd'hui, et qui voit véritablement naître les rôles, principes et techniques de la thanatopraxie tels qu'ils existent aujourd'hui.

 

Personnages clés de la thanatopraxie moderne

 

 

Frédéric Ruysch (1665-1717)
Anatomiste hollandais, premier à employer l'injection artérielle pour la préparation des spécimens pour la recherche anatomique. Malheureusement, son savoir-faire (technique et composition chimique du produit utilisé) fut perdu à sa mort.

 

 

William Hunter (1718-1783)
Médecin angalis, utilisant de la térébenthine, de l'huile résineuse et des colorants en injection artérielle

 

 

 

Jean-Nicolas Gannal (1791-1852)
Chimiste français, utilisant l'acétate et le sulfate d'aluminium qu'il injectait dans la carotide avant de vider les gaz abdominaux.

 

 

Dates clés de la thanatopraxie moderne

 

  • 1628 : Découverte du système artériel et veineux par Wiliam Harvey (1578-1657)

 

  • ? : Découverte des capillaires sanguins par Marcello Malpighi (1628-1694)

 

  • 1683 : Découverte des bactéries et des micro-organismes responsables de la décomposition des matières organiques et de maladies par Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723)

 

  • ? : Première utilisation de l'injection artérielle pour la préparation de spécimens pour la recherche anatomique par Frédéric Ruysch (1665-1717)

 

  • ? : Première description détaillée et complète par William Hunter (1718-1783) des méthodes qu'il utilisait

 

  • 1835 : Description et brevet de la méthode employée par Jean-Nicolas Gannal (1791-1852)

 

  • 1865 : Essor de l'embaumement sous l'égide de Thomas Holmes (1817-1900) à New York pendant la guerre civile

 

  • 1875 : Première utilisation du Formaldéhyde par le Docteur Baudrian pour embaumer Léon Gambetta

 

  • 1900 : Apparition d'écoles qui forment les médecins à la thanatopraxie

 

  • 1963 : Création de l'IFT (Institut Français de Thanatopraxie) par Jacques Mariette, André Chatillon et Robert Lépine

 

  • 1976 : Les pouvoirs publics reconnaissent la thanatopraxie et homologuent les fluides de conservation

 

  • 1978 : Création de l'Ecole Française de Soins et Sciences Mortuaires (EFSSM) par Paul Clerc

 

  • 1986 : Première existence légale du terme "thanatopracteur"

 

  • 1993 : La thanatopraxie entre dans la liste des services publics relevant des services funéraire

 

 

 

La thanatopraxie dans notre société moderne

 

L'embaumement est l'ancêtre de la thanatopraxie, à ceci près que la thanatopraxie est une conservation temporaire du corps (environ 6-7 jours). Cette pratique, d'après l'anthropologue Louis-Vincent Thomas, " dédramatise " la mort et " permet à la mélancolie du deuil de s'installer avec un minimum d'angoisse et de répugnance ". En effet, l'apparence d'un défunt ayant subi une thanatopraxie tient en quelque sorte la mort en respect, tout en acceptant la réalité. Ainsi, chacun prend conscience de la réalité de la mort mais son apparence vient tempérer une vérité qui, pour être pratiquement exclue de la réalité contemporaine, en est devenue physiquement insupportable.

 

Très concrètement, on observe, en matière de recours aux soins de conservation, des réalités régionales hétérogènes. Ainsi, l'Ile-de-France et l'Est sont un peu en retrait par rapport aux autres régions avec toutefois, 50 % de soins réalisés. C'est dans le Sud-Est et le Sud-Ouest que la pratique est la plus développée, dans des proportions supérieures aux deux tiers.

 

La thanatopraxie selon les religions

 

Il est impossible de se référer aux textes religieux lorsqu'il s'agit de thanatopraxie du simple fait que cette pratique est très récente. En interrogeant des personnes ressources (religieux, historien, professionnel du funéraire...), un petit tableau récapitulatif a pu être établi :

 

Catholicisme 

Déconseillée : Il n'y a pas d'objection si cette pratique se justifie par la préservation de l'aspect humain du corps, reconnaissable par ceux qui l'ont connu vivant et par la manifestation du respect de ce corps qui a été le lieu premier de la communication et des relations humaines. Il est toutefois préférable que ces soins de conservation demeurent " modestes " et ne visent pas à " conserver le corps " pendant des siècles.
Protestantisme Déconseillée : il n'y a pas d'objection de principe dès lors que la thanatopraxie est souhaitée et/ou nécessaire.
Orthodoxie Deconseillée : le corps doit être inhumé tel qu'il est. La dissolution du corps dans la terre est le principe unique, écartant toute action artificielle comme la thanatopraxie.
Islam Interdite : " C'est à Dieu que nous appartenons, c'est à Lui que nous faisons retour " (verset coranique 2, 156).
Exception : la thanatopraxie est réglementée par la législation pour le rapatriement d'un corps vers certains pays.
Judaïsme Interdite : cette pratique nécessite d'exsanguiner le cadavre et de jeter le sang comme un déchet alors qu'il est, selon la Torah, le lieu du néfèsh (l'âme, en français) et de ce fait, il est obligatoire de le mettre en terre comme le reste du corps.
Exception : la thanatopraxie est uniquement tolérée pour le retour du cercueil en Israël comme l'exige la législation.
Bouddhisme Tolérée : il existe plusieurs branches, aucune ne mentionne une quelconque interdiction quant à la thanatopraxie. Certaines lignées tibétaines " momifient " leurs hauts dignitaires religieux.
Hindouisme Interdite : le corps enveloppe l'âme. Pour libérer l'âme du défunt, il faut " briser/brûler " le corps. La thanatopraxie va à l'encontre de ce rite funéraire.

 

 

En bref...

 

Même si la thanatopraxie trouve une légitimité au regard de la législation, la question de cette pratique reste posée selon la pratique religieuse. Les soins de conservation du corps sont prodigués, soit par souhait, soit par nécessité, dans le respect des croyances du défunt et des membres de la famille.

 

Caroline Tête, documentaliste au CNDR Soin Palliatif

 

Remerciements à Christian Biot, Nimla Lefèbvre, Dalith Castiel, Pierre Larribe, Diacre Dominique Beaufils, Daniel Faivre et l'Union Bouddhiste de France pour leurs explications qui ont contribué à l'écriture de cet article.

 

 

Bibliographie

 

  • La célébration des obsèques. Rituel des funérailles I (2 février 1972). Paris : Desclée-Mame 1994, 2ème éd., 80 p.

 

  • Bourgeois, Eric. L'histoire de l'embaumement. In, L'art de l'embaumement : une introduction ) la thanatopraxie. Paris : Berger 2002, chapitre 1, p. 15-37.

 

  • Durigon, Michel ; Guénanten, Michel. Théorie des soins de thanatopraxie. In, Durigon, Michel ; Guénanten, Michel. Pratique de la thanatopraxie. Paris : Masson 2009, chapitre 8, p. 133-177.

 

  • Ruellan, Jean. Evolution des pratiques funéraires : la mort aujourd'hui. In, Pérès, Jacqyes-Noël (dir.). Pratiques autour de la mort, enjeux oecuméniques. Paris : Desclée de Brouwer 2012, p. 25-46.

 

  • Thomas, Louis-Vincent. Le renouveau de la mort. In, Cornillot, Pierre ; Hanus, Michel (dir.). Parlons de la mort et du deuil. Paris : Editions Frison-Roche 1997, p. 31-75.