L’aromatologie pour les personnes en phase palliative ou en fin de vie

 

Article élaboré avec l’aide d'Isabelle Medevielle, socio-esthéticienne formée à l’aromatologie, que nous remercions.

 

Aromatologie ou aromathérapie : de quoi parle-t-on ?

 

L’aromathérapie se définit comme le « traitement des maladies par les arômes végétaux, c'est-à-dire, les essences aromatiques, appelées huiles essentielles dans le langage médical ». L'aromathérapie est une branche de la phytothérapie, du grec « yuzov », qui signifie « plante ». Elle est l'une des thérapeutiques les plus anciennes du monde avec l'argile, l'eau et les procédés manuels, tels que le massage.

 

L’aromathérapie est systématiquement pratiquée par un médecin ou un pharmacien, ayant reçu une formation complémentaire, alors que l'aromatologie est pratiquée uniquement par un professionnel du bien-être ayant reçu une formation complémentaire.

 

L'aromathérapie, ainsi que l’aromatologie associée au massage, peuvent améliorer de façon globale la qualité de vie de la personne en phase palliative ou en fin de vie.

 

L'aromatologie comme l'aromathérapie ne doivent pas être pratiquées sans être accompagnées d’un professionnel, formé aux huiles essentielles. Manipuler des huiles essentielles sans être formé comporte des dangers pour la santé. Les huiles essentielles peuvent provoquer des effets secondaires et faire des interactions avec les traitements en cours.

 

Quelques notions sur les huiles essentielles

 

Un grand nombre d'huiles essentielles existe à l'heure actuelle. Elles sont regroupées en cinq grandes familles :

 

  • les notes boisées, en deux catégories : les notes boisées chaudes (les résines, l’écorce, le bois) et les notes boisées fraîches (aiguilles, épines, feuilles des arbres) ;
  • les notes aromatisées, en deux catégories : les herbes aromatiques (menthe) et les buissons aromatiques (thym, eucalyptus) ;
  • les notes hespéridées : agrumes, fruits ;
  • les notes épicées (cannelle) ;
  • les notes fleuries (fleur d’orangé).

 

Chaque huile a son langage et signifie quelque chose, par exemple :

 

  • L’huile essentielle de la rose de Damas signifie « Pardon ».
  • L’huile essentielle de Neroli signifie « Merci ».
  • L’huile essentielle de sapin et de pin signifient « Au revoir ».

 

Les huiles essentielles sont des produits complexes puisqu’elles sont composées de différentes molécules aromatiques. Elles sont pourvues de nombreuses propriétés thérapeutiques : antiseptiques, bactéricides, antifongiques, antiparasitaires, anti-inflammatoires, circulatoires, tonifiantes, antispasmodiques, cicatrisantes, antivirales, etc.

 

Certaines huiles essentielles peuvent constituer des dangers pour la santé. Elles peuvent être photosensibilisantes, dermocaustiques, neurotoxiques, épileptiques, allergiques, etc.

Pour éviter les risques d'allergie, il est nécessaire de faire un test systématiquement avant d'appliquer une huile essentielle.

 

Quelques repères sur l'utilisation des huiles essentielles

 

Les huiles essentielles ne doivent pas être achetées n'importe où, notamment sur les marchés. Il est important d'utiliser des huiles essentielles de qualité. La qualité d'une huile essentielle se reconnaît à l'odorat, ainsi qu'au label de qualité HEBBD - huile essentielle botaniquement et biochimiquement définie. Chaque lot bénéficie d’un bulletin d’analyse.

 

Le flacon doit être en verre teinté, marron ou bleu. Sur chaque flacon doit figurer le nom latin de l'huile essentielle et son chémotype (sa composition chimique).

Selon les huiles essentielles, elles peuvent être gardées entre un et cinq ans, à une température ambiante. Elles ne doivent pas être conservées à la lumière ni à l’humidité.

 

Avant d'utiliser une huile essentielle, il est important de toujours la sentir. Si elle a changé d’odeur ou de couleur, ne pas l’utiliser et la faire vérifier par un pharmacien ou un professionnel formé.

 

Il existe plusieurs modes d’utilisation des huiles essentielles :

 

  • par voie orale, uniquement pratiquée suite à une consultation faite par un médecin formé à l’aromathérapie ;
  • par voie olfactive ainsi que par voie cutanée (par massage) avec l’accompagnement d’un professionnel formé à cette pratique.

 

Jamais une huile essentielle ne sera appliquée au niveau des muqueuses.

 

Dans une chambre d’hôpital, on évite d'utiliser un diffuseur. On privilégie la diffusion naturelle, par exemple en déposant deux gouttes d'huiles essentielles sur un mouchoir en papier. On peut aussi mettre du spray sur un mouchoir, plutôt que de le pulvériser dans la pièce. Cela permet de ne pas saturer l’air. L'utilisation des huiles essentielles respecte les mesures d'hygiène à l'hôpital et en institution.

 

Une huile essentielle n’est pas hydrosoluble. Si on veut l'utiliser dans un bain, il faut utiliser un dispersant que l’on mélange avec l'huile essentielle avant de la mettre dans le bain. Sinon, il existe un risque de brûlure pour certaines huiles essentielles.

Une huile essentielle est liposoluble. Elle peut donc être utilisée avec une huile végétale pour un massage.

 

Indications pour les patients en phase palliative et en fin de vie

 

Le massage, qu'il soit prodigué avec ou sans huiles essentielles, peut réduire le niveau d'anxiété des patients en phase palliative ou en fin de vie. Lorsque le massage s'accompagne d'huiles essentielles, il peut améliorer les symptômes physiques et psychologiques, notamment la fatigue, l’anxiété, l'inquiétude et les tensions ressenties.

 

Il est important d’être vigilant et sensible à la manière dont la personne malade va apprécier ou pas ce massage, ou encore à la manière dont elle va apprécier ou non l’odeur. A chaque personne sa fragrance. Etre à l’écoute de la personne malade permet de choisir l’huile essentielle dont le parfum correspond le mieux à ses goûts.

Faire sentir l’odeur à la personne avant de faire le massage est primordial. Le patient doit choisir, olfactivement parlant, l'huile essentielle qui va être utilisée.

Comme le ressenti de la personne malade peut changer considérablement, il est nécessaire de faire valider, de façon olfactive, l'huile essentielle avant chaque séance.

 

Pour chaque séance, il est indispensable de savoir exactement auprès de l'équipe médicale et pluridisciplinaire comment l'état de santé du patient a évolué. Cela permettra d’ajuster au mieux la pratique du soin au moment de la séance.

 

Bibliographie

 

BAUDOUX Dominique, L’aromathérapie : se soigner par les huiles essentielles, éditions Amyris, octobre 2008

 

MALOTAUX A.F, Blanchard J.M., Baudoux D., Les cahiers pratiques de l’aromathérapie selon l’école française, vol. n°4 « soins palliatifs », Collection : L’aromathérapie professionnellement, 318 p.

 

MAROY Dominique, Kinet Vanessa, Gatellier Maryse, « L’usage de l’aromathérapie en soins palliatifs », Manuel de soins palliatifs, Dunod, 4ème édition, 2014, pp. 783-806

 

Le déroulement d’une séance  avec Isabelle Medevielle

 

Isabelle Medevielle est socio-esthéticienne, formée à l'aromatologie, à l’hôpital Charles-Foix (AP-HP).

 

Propos recueillis par Delphine Doré-Pautonnier, responsable de l'information des publics et de la communication au Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie.

 

Quel parcours, en tant que professionnel du bien-être, vous a amené à considérer et pratiquer l’aromatologie auprès des personnes âgées ou en phase palliative ?

 

Je suis socio-esthéticienne en hôpital gériatrique au sein du groupe Pitié-Salpêtrière-Charles Foix depuis 1987. Je pratique mes soins auprès de patients en fin de vie, en service de soins palliatifs, mais aussi auprès de patients atteints de la maladie d’Alzheimer en long séjour et en soins de suite et de réadaptation (SSR).

 

J'ai été la première socio-esthéticienne, embauchée en gériatrie à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. Dès 2008, j'ai été pionnière dans l'utilisation des huiles essentielles à l’AP-HP. L’hôpital Charles Foix est précurseur sur beaucoup de points à un niveau européen. Il m’a permis de me former à cette pratique pour ensuite l’utiliser auprès de nos patients. Tous les soins que je pratique sont gratuits. Je fais partie intégrante de l’équipe pluridisciplinaire.

 

En tant que socio-esthéticienne, je travaille avec des produits dermo-cosmétiques. Certains d’entre eux sont légèrement odorants. Ces odeurs n’ayant pas d’impact où très peu sur le ressenti émotionnel, j’ai eu l’idée de travailler avec des produits odorants naturellement équilibrés : les huiles essentielles. Les odeurs, cela me parle puisque cela fait partie des bases d’une esthéticienne. Ensuite, je me suis formée au toucher-massage. Je voulais apporter un bien-être supplémentaire au patient.

 

Mon métier est de considérer le patient dans sa globalité, afin de lui faire des soins de bien-être pour qu’il puisse retrouver une meilleure estime de soi.

 

Comment pratiquez-vous l’aromatologie à l’hôpital Charles Foix ?

 

On m’appelle en premier lieu pour des soins esthétiques (soins du visage, manucures, etc.). Quelquefois, le patient ne veut pas de soins esthétiques, mais plutôt un « modelage » avec des huiles essentielles (différent du « massage », terme médical). Si le patient est trop fatigué pour recevoir un soin esthétique, un modelage peut lui permettre de se détendre. Grâce aux odeurs, le modelage peut lui permettre aussi de garder en mémoire cet instant bénéfique.

 

Je demande toujours à l’équipe si je peux pratiquer les huiles essentielles avant chaque séance. Je me renseigne pour savoir si le patient vient d'avoir des applications de crèmes médicamenteuses. J'évite ainsi de faire mon modelage avec des huiles essentielles sur la partie ayant reçu la crème. Si le patient a des allergies, je choisis les huiles essentielles en fonction. Puis, je dis à l’équipe sur quelles parties du corps j'ai pratiqué mon soin. Cela permet aux soignants d'organiser leur soin en fonction (mise en place d’une crème ou d’un aérosol). L'idée est d'organiser mon soin en amont et en aval, avec l'équipe, afin qu'il soit bénéfique pour le patient. Parfois, il faudra laisser un laps de temps d'une heure entre mon soin et ceux pratiqués par l'équipe.

 

Parfois, un patient n’accepte pas une toilette, mais accepte une épilation pour retrouver une dignité. Mon intervention peut faciliter les soins de nursing en les faisant accepter plus facilement. Je m’arrange toujours pour que le patient soit acteur de ces soins, qu’il les accepte. Il a aussi le droit de les refuser.

 

Pour les patients en phase palliative ou en fin de vie, je pratique le modelage en mélangeant une huile végétale (amande douce, pépin de raisin) avec quelques gouttes d’huile essentielle. Une personne en fin de vie qui ne communique plus pourra avoir des mimiques au niveau du visage pour dire si elle apprécie ou n’apprécie pas le soin.

 

Quand je suis en séance de snoezelen (stimulation multisensorielle contrôlée - pratique visant à éveiller la sensorialité de la personne stimulée, dans une ambiance sécurisante), j’utilise un diffuseur d’huiles essentielles. Depuis 3 ans, c'est en effet un espace à l’hôpital Charles Foix où l'on essaie de développer un maximum de sens pour les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Grâce à l’olfaction, le patient dément aura une réaction : il aimera ou n’aimera pas.

 

Comment se déroule une séance concrètement ?

 

Si le patient veut un modelage avec des huiles essentielles, je lui demanderai ce qu’il souhaite choisir comme huiles. Je viens dans sa chambre avec une petite mallette comportant plusieurs huiles essentielles qui représentent les cinq familles. Le patient choisira l'huile essentielle qui lui apportera un bon ressenti. Je lui fais sentir l'huile essentielle pour qu’il valide son choix avant utilisation.

 

Je réalise le modelage essentiellement sur les bras, les mains, le décolleté, parfois lorsque cela est possible, sur les membres inférieurs, toujours avec l'aval de l'équipe soignante.

 

Si l’odeur est très agréable et que le patient le souhaite, je lui mets deux gouttes d'huile essentielle sur un mouchoir. Les odeurs laissées peuvent aussi être agréables pour les proches et les professionnels. Cela peut être un sujet d’échanges avec le patient.

 

Une séance varie de 5 minutes à 1 heure et demie, en fonction des capacités du patient à supporter le soin. Des patients parfois s’endorment. Les soignants me laissent le temps de faire mon soin et décaleront le leur. Ils voient l’effet bénéfique pour le patient. C’est un travail extraordinaire avec l’équipe. Cela n'a pas été de soi au départ mais j'ai pu leur montrer les effets bénéfiques de mes soins auprès de nos patients âgés.