L’auriculothérapie pour les personnes en phase palliative ou en fin de vie

 

Article élaboré avec l’aide des Dr Christine Pailler et David Guigou que nous remercions.

 

Selon la Commission d’acupuncture auriculaire de la FAFORMEC - Fédération des acupuncteurs pour la formation médicale continue, l’auriculothérapie est définie comme une « thérapeutique visant à traiter les personnes malades par la stimulation physique des sites réflexes du pavillon de l’oreille ». Reconnue en 1987 par l’Organisation mondiale de la santé - OMS, cette médecine complémentaire obtient en 1990 une nomenclature internationale standardisée.

 

L’auriculothérapie est indiquée pour la prise en charge des symptômes d’inconfort et des douleurs chez les personnes gravement malades ou âgées.

 

 

Quelques notions sur l’auriculothérapie

 

A l’image de la réflexologie plantaire, il existe une cartographie du pavillon de l’oreille où près de 150 points déterminent un maillage de circuits neurophysiologiques du corps entier.

 

 

L’oreille occupe une position stratégique, à la jonction entre la moelle épinière et le cerveau. Lorsqu’un message douloureux - message électrique - circule entre un point du corps et le cerveau, il peut être repéré sur la « carte » de l’oreille gauche si la douleur se situe sur le côté gauche du corps ; sur celle de l’oreille droite si la douleur provient de la partie droite du corps. Il est possible d’enrayer la circulation douloureuse du message électrique au niveau de l’oreille, soit :

 

  • au moyen d’aiguilles préparées avant leur emploi ou semi-permanentes,
  • à l’aide de rayonnements électromagnétiques, infrarouges ou lasers,
  • grâce à des aiguilles cryoniques à base d’azote liquide, c’est-à-dire conservées à très basse température.

 

 

Les effets de l’auriculothérapie pour les patients en phase palliative et en fin de vie

 

 

Pour la personne en phase palliative, l’auriculothérapie peut améliorer les troubles du transit et les difficultés de déglutition. Elle peut réduire les angoisses et les insomnies. L’auriculothérapie peut également aider à améliorer la qualité du sommeil, rendant moins dépendant les patients aux somnifères. Cependant, l’effet ne semble pas persévérer un mois après le traitement par auriculothérapie.

 

Pour les patients atteints de cancer, l’auriculothérapie peut réduire l’intensité de la douleur. Dans le cas des cancers pédiatriques, l’auriculothérapie a montré un certain degré d’efficacité dans le traitement des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie. Elle est également aidante et relaxante pour les femmes souffrant d’un cancer du sein : leur bien-être physique et émotionnel est amélioré ; la fréquence des bouffées de chaleur s’en trouve réduite.

 

L’auriculothérapie peut également améliorer la qualité, ainsi que la quantité de sommeil chez les personnes âgées. A long terme, elle peut apporter des améliorations au niveau des douleurs lombaires. L’auriculothérapie s’est aussi montrée efficace dans le soulagement de la constipation et l’amélioration de la qualité de vie des personnes âgées. Pour les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs, cette médecine complémentaire améliore dans certains cas leur comportement et leur sommeil. Il a été constaté que ces personnes participaient plus aux repas et à la rééducation dans les résidences spécialisées, lorsqu’elles bénéficiaient de séances d’auriculothérapie.

 

L’auriculothérapie n’entraîne pas d’effets secondaires et permet de réduire les traitements antalgiques médicamenteux. Néanmoins, dans 10 à 20 % des cas, l’auriculothérapie peut ne pas avoir d’effet du tout sur les patients. Ces effets peuvent aussi parfois être amoindris par la prise de certains traitements - morphiniques, neuroleptiques, etc. Une radiothérapie intensive peut également diminuer son action.

 

 

Le déroulement d’une séance  avec les Dr Christine Pailler et David Guigou

 

 

Christine Pailler et David Guigou sont médecins et pratiquent l’auriculothérapie à l’Institut Gustave Roussy.

Propos recueillis par Caroline Tête, documentaliste au Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie

 

 

Quel parcours, en tant que professionnel de santé, vous a amené à considérer et pratiquer l’auriculothérapie ?

 

Dr Pailler : Je suis médecin hospitalier, de formation initiale classique - interne, puis chef de clinique en médecine interne à orientation hémato-cancérologie, puis praticien hospitalier de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris.

 

J’ai également travaillé en centres anticancéreux. Je suis actuellement, à temps partiel, à l’Institut Gustave Roussy (IGR), dans le département des soins de support où je réalise des consultations d’auriculothérapie. Le reste du temps, je travaille en hospitalisation à domicile.

 

J’ai connu l’auriculothérapie lorsque j’étais résident senior à l’IGR. J’étais responsable des urgences et travaillais beaucoup avec l’équipe « douleur ». Les patients me témoignaient leur soulagement, tant physique que global suite aux consultations d’auriculothérapie, et, étant intéressée par la prise en charge globale des patients, je suis allée voir les Dr Alimi et Brulé afin de mieux connaître, de mieux comprendre leur technique de soins et les indications qui en relevaient.

 

J’ai ensuite fait le diplôme interuniversitaire afin de pouvoir soulager les patients dans le cadre d’une prise en charge globale, éprouvée et non iatrogène.

 

Dr Guigou : Les patients que je soigne sont atteints de cancer, voire ils sont en fin de vie ou confrontés à une infirmité motrice cérébrale. Les patients atteints de cancer vivent des douleurs et des symptômes réfractaires, des dysfonctions viscérales végétatives sur lesquelles nos traitements les plus puissants ont peu d’effet. Ils nous montrent nos limites. Ces interrogations m’ont incité à ouvrir mon champ de vision.

 

Lors des stages de validation de la capacité « évaluation et traitement de la douleur » à l’IGR, j’avais été surpris par l’auriculothérapie : une approche innovante et efficace, fondée sur un raisonnement scientifique très clair, neurologique. Dix ans après, j’ai repris le chemin de la faculté pour découvrir l’auriculothérapie, afin d’aborder les interrogations soulevées et proposer aux patients des réponses complémentaires. L’auriculothérapie scientifique enseignée en faculté est rigoureuse et m’a permis d’offrir, par une approche innovante, une réponse efficace aux patients qui ont été conquis.

 

Comment se déroule une consultation ?

 

Dr Pailler : Pour bien comprendre une consultation d’auriculothérapie, il est nécessaire de donner les grands principes de cette thérapie complémentaire. Lors d’une pathologie, lorsqu’un message douloureux apparaît, il s’affiche, par correspondance, au niveau des pavillons d’oreilles. On peut dresser une carte électrique de l’oreille à l’aide d’un détecteur électrique qui enregistre la différence de potentiel des points affichés lors d’une pathologie. La pratique de l’auriculothérapie permet de rétablir le potentiel réel et donc de faire réapparaître une sensibilité non douloureuse chez le patient. Le derme ayant des récepteurs mécaniques et thermiques, le traitement peut être fait soit par des aiguilles (stimulation mécanique), soit par la chaleur et/ou le froid (stimulation thermique).

 

Une consultation d’auriculothérapie est avant tout une consultation médicale, prenant en charge de façon globale une personne. Donc comme pour toute consultation, le médecin va questionner le patient sur le pourquoi de sa venue, identifier avec lui les signes et les symptômes qui le gênent et leur retentissement sur son quotidien. Il va recueillir ses antécédents et ses traitements actuels.

 

Lors de la première consultation, le médecin explique ce qu’est l’auriculothérapie et comment elle fonctionne. Il répond aux questions du patient. Ensuite, le médecin réalise un examen clinique minutieux. Il réalise un diagnostic. Il identifie le plus précisément possible les composantes neurologiques et autres mécanismes. Puis, il réalise le traitement : après avoir repéré les points concernés par la pathologie sur la cartographie des pavillons d’oreilles, ces points sont traités, après les avoir désinfectés rigoureusement, ce qui permet de travailler en milieu stérile. Plusieurs techniques sont alors possibles :

 

  • des aiguilles semi permanentes (ASP) stériles à usage unique qui demeureront sur les oreilles et qui tomberont d’elles-mêmes une fois leur action thérapeutique terminée ;

 

  • des aiguilles extemporanées, stériles à usage unique laissées en place 30 minutes, dont l’action est plus rapide mais moins durable ;

 

  • un laser ou infra rouge au rayonnement électromagnétique ;

 

  • des aiguilles à basse température, appelées cryoniques. On parle alors de cryopuncture.

 

Dès la fin de la séance, le médecin évalue avec le patient le résultat immédiat. En cas de douleur, celle-ci est souvent nettement améliorée.

 

Un traitement initial comporte au minimum trois séances, espacées de 4 à 8 semaines. C’est une technique efficace rapidement, durable dans le temps. On reconduit les séances toutes les 6 semaines à 3 mois et on arrête si la douleur a disparu.

 

Dr Guigou : La satisfaction est très clairement au rendez-vous : les symptômes réfractaires - troubles du transit, douleur, torticolis spasmodiques, etc. - sont soulagés ; le zona est traité ; l’anxiété est mieux prise en charge ; les traitements sont diminués, voire arrêtés. Sans être la réponse à tous les maux, l’auriculothérapie ouvre des réponses thérapeutiques et permet un accompagnement plus complet. Nombre de symptômes peuvent être soulagés. Ma manière de soigner et ma relation avec les patients en ont été transformés.

 

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