La musicothérapie dans un service de soins palliatifs : entretien avec Cécile Fourage

Cécile Fourage, musicothérapeute au Centre Hospitalier de Douarnenez

 

Propos recueillis par Farah Mazouz, chargée d'écoute et d'information au Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie.

 

Bonjour Cécile Fourage, nous vous remercions de cet entretien. Tout d’abord, pourriez-vous présenter votre parcours et pourquoi vous avez choisi de travailler dans une unité de soins palliatifs ?

 

Je suis musicienne de formation. Après avoir travaillé comme professeur de chant et d’instrument, la flûte traversière, je suis intervenue comme artiste à l’hôpital dans le cadre d’une convention « culture à l’hôpital », mise en place par le ministère de la Culture et de la Communication. Ce mode d’intervention m’a beaucoup plu. Je me suis vraiment posé la question d’aller plus loin dans cette démarche : mettre la musique au service du soin. Je me suis alors formée à la musicothérapie. J’ai passé le DU de l’université de Nantes qui est associé à l’institut de Musicothérapie de Nantes. Pendant cette formation, j’ai effectué cinq stages dont deux au centre hospitalier de Douarnenez. J'ai également rédigé un mémoire intitulé « Le lien relationnel des patients déments en musicothérapie : la place de la harpe celtique comme outil d’une restauration possible de la communication ». C’est à ce moment-là que j’ai rencontré des personnes intéressées par la méthode. Nous avons commencé à chercher des fonds, notamment avec le Fonds pour les soins palliatifs qui nous a soutenu et aidé, car le centre hospitalier n’avait pas le budget nécessaire. J’ai ensuite commencé à travailler à l’Unité de Soins Palliatifs en 2010.

 

Le milieu des soins palliatifs m’intéressait, pour des raisons personnelles, mais aussi pour une question de mise en place privilégiée de la musicothérapie. L’organisation du service fait que nous pouvons vraiment investir la séance et prendre tout le temps nécessaire avec le patient.

 

Pouvez-vous nous décrire votre pratique de la musicothérapie au centre hospitalier de Douarnenez ? A qui s’adresse-t-elle ?

 

Mon intervention s’adresse d’abord aux patients, mais je propose toujours aux familles de participer à la séance quand elles sont présentes. C’est en équipe que nous décidons de mon intervention auprès d’un patient. Je collabore aussi avec l’équipe qui me sollicite pour un soin douloureux ou pour un bain, par exemple. La collaboration avec l’équipe pendant les soins a été assez longue à se mettre en place. Au début, mes collègues n’y pensaient pas toujours. Il fallait aussi prendre l’habitude de ma présence. Puis, mon intervention s’est bien intégrée, petit à petit.

 

Quels sont les effets que vous avez pu observer sur les personnes malades durant vos séances de musicothérapie ? Quel instrument est le plus adapté pour créer un effet bénéfique chez les patients ?

 

L’effet que l’on constate le plus est la détente du patient. Dans les échanges, je laisse une grande place à la parole du patient s’il le souhaite. Il peut ou non me dire ses sensations, ses émotions ou toute autre chose. Nous sommes aussi dans la recherche du soulagement de la douleur. Le fait de se détendre favorise également la diminution des douleurs.

 

Il n’y a pas d’instrument particulièrement adapté. Je pense que l’on doit intervenir avec les outils que l’on maîtrise bien. Pour ma part, je travaille avec la harpe celtique parce que c’est mon instrument. Je propose aussi des percussions au patient. Il peut aussi chanter ou écouter des musiques pendant la séance.

 

Comment est perçue votre approche par les personnes malades, leurs proches et l’équipe soignante ?

 

J’ai de bons retours des patients et de leurs proches. Ils vivent le moment de la séance comme une sorte de parenthèse pendant l’hospitalisation. Les patients, comme leurs proches, sont parfois un peu surpris de ma proposition. La musicothérapie n’est en effet pas encore très développée. Passé le temps de la surprise, en général, les retours sont très positifs.

 

J’ai toujours été très bien accueillie à l’Unité de Soins Palliatifs, même si nous avons eu besoin de temps pour trouver la bonne organisation entre les soins « techniques » et mes propositions. Je transmets l’essentiel de la séance dans le dossier du patient. L’équipe fait de même quand elle observe un détail qui semble important, lorsque le patient s'est détendu ou qu’il déclare de lui-même qu’il a moins mal.

 

Que vous apporte cette pratique de la musicothérapie en tant que musicienne ?

 

Pour moi, la musique n’est pas juste un « outil de travail ». Elle a toujours été un mode de communication. Elle est présente dans mes activités quotidiennes, personnelles. Le fait de la faire entrer ainsi dans une relation aussi particulière que l’accompagnement d’un patient est en plus une bonne façon de partager cette passion. Préparer une séance, pensée particulièrement pour le patient avec des musiques choisies, c’est aussi une façon de me mettreau mieux à l’écoute du patient et de ses proches. J’apprends beaucoup au contact de mes collègues et des patients. Cela me permet de repenser toujours ma façon de travailler et de me servir de la musique.